Histoire

D’après le Livre des Âges, le monde était chaos quand naquit Veertna, le premier dieu. Pour combattre les monstres antiques qui dominaient le magma informe des premiers temps, il engendra cinq fils et deux filles, qu’il nomma Dunr, Hav, Noad, Warr, Keyris, Selga et Treya. La guerre dura un temps presque infini, mais finit par s’achever lorsque Warr et Dunr abattirent le dernier des grands dragons. Celui-ci, en s’effondrant dans les eaux, forma le continent de Norska et marqua la séparation de la mer et des terres. L’Âge des Dieux débuta alors pour durer quatre millénaires.

S’ils résidaient à Gotkepp, autour du tombeau de Veertna qui était tombé au combat, les dieux parcouraient Norska en s’émerveillant des demeures de leurs frères et soeurs. Hav, dieu des mers et des fleuves, créait les poissons les plus fabuleux ; son frère Noad inventait toutes les espèces animales qui rampent et volent aujourd’hui encore sur Norska ; Selga la muette faisait pousser mille plantes nouvelles chaque jour. Mais Warr, dieu de la guerre, s’ennuyait depuis que les monstres antiques étaient éteints ; chasser leurs derniers rejetons ne l’occupait pas assez à son goût. Il s’en plaignit auprès de son frère Dunr, le bâtisseur, qui eut l’idée de fabriquer une race plus développée que celles créées par Noad : avec de la pierre fondue et des éclats de gemmes, il fit naître les premiers Varls. Si les autres dieux furent d’abord charmés par cette invention, ils jugèrent qu’il valait mieux en rester là. Dunr enseigna aux Varls l’art de bâtir, Warr leur montra comment fondre et forger le métal, et Kerys, dieu de la chance, les initia au commerce ; Hav, Noad et Selga les autorisèrent à pratiquer la pêche, la chasse et l’agriculture.

Or la plus jeune, Treya, trouvait que les Varls n’étaient que des créatures imparfaites et qu’il était cruel de les abandonner dans un monde si rude ; elle se rendit en secret auprès d’eux pour leur enseigner l’écriture. Les Varls furent si reconnaissants d’accéder à la mémoire éternelle qu’ils lui vouèrent un culte équivalent à celui de Dunr leur créateur. Les autres dieux en furent jaloux : après avoir réprimandé leur soeur et à la suite de disputes interminables, ils conclurent un pacte leur interdisant à tous désormais de créer de nouvelles races ou de venir en aide aux Varls. Tous jurèrent, et se retirèrent à Gotkepp d’où ils ne sortiraient désormais plus afin de ne pas se mêler aux êtres rampants. Ainsi commença l’Âge des Varls. Ils vivaient en petits clans, découvrant pour la première fois les merveilles du monde créé pour eux.

Mais Treya ne pouvait se résoudre à laisser les Varls seuls. Elle résolut de créer à son tour une race pensante, et se retira, invisible, dans les profondeurs de la forêt de Frimench Kepp. Avec les eaux de la Frigul et les pousses de jeunes arbres, elle donna naissance aux Premiers Hommes. Toutefois, avant qu’elle ne puisse leur faire don de la même immortalité que celle des Varls, ses frères la capturèrent et l’emprisonnèrent à Gotkepp pour la juger. Si Dunr et Kerys étaient enclins au pardon, les autres insistèrent pour la punir sévèrement. Seul Warr se réjouissait en secret, car les Varls avaient dorénavant un ennemi étranger à leur race. Treya fut condamnée à l’enfermement pour cinq cents ans, et les Premiers Hommes, qui n’avaient pas quitté Frimench Kepp, devraient rester à l’état de bêtes. Mais Treya supplia ses frères et soeur, et offrit d’alourdir sa peine, pour qu’on accordât aux Premiers Hommes les mêmes dons qu’aux Varls. Warr la soutint, pensant que la guerre serait plus intéressante si les adversaires combattaient à armes égales, et réussit à faire pencher les autres dieux. On apporta aux Premiers Hommes les mêmes connaissances qu’aux Varls, mais les dieux restèrent intraitables : le don de l’immortalité leur était refusé. Treya resta enfermée mille ans, durant lesquels les Premiers Hommes entreprirent de quitter le refuge de Frimench Kepp et de parcourir le monde à leur tour. Ainsi commença l’Âge des Premiers Hommes. Ils vivaient en tribus, voyageant à travers les terres froides et sauvages. Ils combattaient les Varls, qui les jugeaient inférieurs et indésirables, et les écrasaient cruellement.

Lorsque Treya quitta enfin sa prison, elle pleura de voir ses enfants faibles et soumis à la force des Varls. Survolant le monde à la recherche des meilleurs des Premiers Hommes, elle les rassembla au plus loin de Gotkepp sur les îles de Magna To et leur fit don du plus grand des pouvoirs, celui des dieux mêmes : elle leur enseigna les arcanes de la Magna. Lorsque les autres dieux s’en rendirent compte, leur fureur fut sans égale. Ils punirent Treya, et l’enfermèrent à jamais dans une prison d’air qu’ils jetèrent dans le néant, au-delà des frontières du monde. Puis, inconsolables, ils quittèrent Gotkepp pour se rendre au Walhalla, le monde des défunts, où ils festoient depuis pour tenter d’oublier leur chagrin. Ainsi commença l’Âge de Guerre, où Hommes et Varls se disputèrent Norska. À mesure que les deux peuples croissaient et apprenaient, leurs conflits se faisaient plus meurtriers. Les Hommes craignaient la puissance et la vigueur des Varls, qui redoutaient les flèches et les terrifiants sortilèges des Hommes.

Cherchant à occuper de nouveaux territoires pour prendre l’avantage sur leurs adversaires, ils s’aventurèrent toujours plus au Nord ; c’est alors qu’ils rencontrèrent les Dredges. Le peuple maudit, héritier des monstres antiques et honni des dieux, se jeta férocement à l’assaut des terres civilisées, causant des ravages sans précédent parmi les rangs des Hommes comme des Varls. Invulnérables dans leurs corps de pierre, doués d’une magie noire qui manipulait la roche pour la faire fondre ou éclater, les Dredges descendirent jusqu’aux Monts Bénis et, à l’Est, jusqu’au Nord de Gotkepp, semant la destruction et le chaos comme au temps de la guerre des dieux. Pendant ce temps, la guerre entre Hommes et Varls ensanglantait toujours les terres désolées.
Après dix ans de carnages, les dieux tournèrent à nouveau leur regard vers Norska, et virent que les enfants de Dunr et de Treya allaient s’éteindre. Ils répondirent enfin à leurs prières, et les enjoignirent à la paix : l’alliance entre les deux peuples était le seul moyen de résister aux Dredges. Quoique ce fut difficile, Hommes et Varls acceptèrent de ne plus s’entre-tuer et de combattre ensemble. Ils firent face aux Dredges et regagnèrent petit à petit les territoires perdus. Après des combats d’une violence inouïe et malgré de lourdes pertes, ils parvinrent enfin à vaincre les Dredges et à les repousser par-delà Gol Tara. Ainsi s’acheva la Grande Guerre, ainsi commença l’Âge de Raison.

Les Hommes fondèrent le royaume de Rundwall, entre les côtes de la Nera Seeh, l’Épine du Dragon et les Montagnes de Bronze. Ils bâtirent Aberlaas où s’installa le Haut Jarl, sous l’autorité duquel se rangeraient désormais les autres seigneurs. À la mort du Haut Jarl, les seigneurs se réuniraient pour élire entre eux son successeur. Beaucoup parmi les Hommes refusaient l’autorité de Rundwall, et choisirent de demeurer dans les contrées sauvages au Sud et à l’Est de Drakowyr, vivant en tribus sauvages. Au fil des siècles, leur nombre diminua à mesure que Rundwall étendait ses frontières vers l’Est. Ils vivent aujourd’hui au Nord du Kreveran, ou parcourent les territoires de leurs ancêtres quand les Jarls le leur permettent.

Les Varls se rassemblèrent dans le royaume de Borklaani, du Nord des Montagnes de Bronze jusqu’à Krisstara. Ils choisirent de garder le Nord contre les incursions des Dredges, qui continuaient de tenter des percées malgré la barrière de Gol Tara. Chaque Varl est libre d’aller et venir où il le désire en Norska, et tous répondent à l’autorité du Grand Roi.

Hélas, mille ans plus tard, les dieux moururent. Leurs chants ne retentissent plus entre les piliers des salles du Walhalla, et aucune voix ne répond aux prières des Magniens. On ignore ce qui leur est advenu, mais les signes sont formels : le soleil lui-même s’est arrêté, haut dans le ciel de Norska. À la mort de Dunr, les Varles ont subitement contracté une terrible maladie, partout sur le continent ; toutes ont perdu la vie, et les Varls pleurent leur disparition et celle, inéluctable, de leur race. Chacun en Norska s’inquiète de cette fin du monde, et porte en son coeur le deuil des dieux.